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L’hormèse et le pouvoir du froid

Tout au long de notre évolution nous avons traversé de longues périodes de glaciation auxquelles notre corps a su s’adapter et se renforcer. En utilisant le principe de l’hormèse par le froid, nous avons la possibilité de réactiver ces voies d’adaptation héritées de notre évolution.

D’ailleurs le froid est utilisé pour ses bienfaits curatifs depuis bien longtemps et est aussi une technique d’hydrologie bien connue en naturopathie.

Histoire du froid thérapeutique

Le  froid est utilisé comme moyen curatif depuis très longtemps. Hippocrate (460-377 av. JC), père de la médecine, emploie l’eau froide pour soutenir l’organisme et traiter les fièvres et les inflammations. Pendant toute l’Antiquité, les bains d’eau froide sont à l’honneur car ils permettent de fortifier l’organisme et d’endurcir le caractère.

À une période plus contemporaine, la pratique des bains d’eau froide émerge avec Vincent Priessnitz (1799-1852). Ce paysan Allemand découvre le pouvoir curatif de l’eau en observant un cerf plonger chaque jour dans un ruisseau glacé pour soigner sa blessure. Lui-même sujet à des entorses, il se soigne en immergeant son poignet dans l’eau froide et en l’enveloppant dans un linge humide.

De son expérience, il déploie diverses techniques d’hydrothérapie, en utilisant notamment le bain froid et fournit un modèle pour l’émergence du mouvement naturopathique, en galvanisant un groupe croissant d’amateurs de soins de santé. Il renforce la crédi­bilité de leurs convictions et de leur pratique.

L’usage du froid devient alors un véritable marqueur de la médecine naturelle, largement préconisé et utilisé par les naturopathes.

On trouve aussi l’utilisation du froid dans diverses cultures, notamment chez les moines tibétains qui combinent leur savoir-faire yogique avec les températures polaires de l’Himalaya. Ce yoga du froid est appelé yoga « toumo », un mot qui signifie « chaleur » en tibétain. L’idée de ce yoga est d’animer le feu intérieur par le froid.

Pour ce faire, la pratique allie respiration, méditation, et immersion dans de très basses températures. Ce yoga repousse les fonctions adaptatives du corps et guérit l’esprit.

En plus de procurer une paix intérieure, la confrontation à des conditions climatiques extrêmes permet de booster le système im­munitaire et pourrait même guérir certaines maladies.

C’est notamment l’histoire de Maurice Daubard, un professeur international de yoga, spécialiste du toumo. Les vingt premières années de sa vie furent marquées par la souffrance, les restrictions, la guerre et la maladie. Atteint de tuberculose, pleurésie, scoliose, anémie et décalcification, il passa 5 années dans les hôpitaux et sanatoriums.

Condamné à être un « handicapé à vie » par le corps médical, il expérimente durant l’hiver 1956, son premier bain froid dans l’Allier. Il en découvre alors les vertus et obtiendra rapide­ment les premiers signes spectaculaires d’amélioration de son état de santé.

Il partira alors se former au Tibet et sera le seul occidental à être reconnu comme maître du yoga toumo par les moines tibé­tains. Cet homme de cœur, autodidacte et atypique a fait du froid sa recette de santé jusqu’à sa mort cette année,en 2022,à l’âge de 92 ans.

Maurice Daubard a probablement inspiré un autre athlète de l’extrême, Wim Hof, surnommé « The Iceman », l’homme de glace.

Cet homme, néerlandais, né en 1959, a été marqué par le suicide de son épouse, dépressive chronique, qui l’a poussé dans une quête inépuisable du dépassement de soi et de la performance physique.

Wim Hof a exploré les limites de la physiologie humaine en réponse au froid, ce qui lui a valu 27 records mondiaux. Il a notamment couru un marathon au nord du cercle polaire vêtu d’un simple short, gravi le Mont Everest jusqu’à 7 200 mètres d’altitude en short et chaus­sures, ou est resté immergé dans un bain de glace pendant 1h53. 

Après avoir réalisé de nombreux exploits, il créé la Méthode Wim Hof, ou WHM en abrégé. Cette méthode combine des exercices de respiration, de concentration et de méditation ainsi que l’exposition progressive au froid, qui seraient des clés pour améliorer notre métabolisme et nous adapter à des environnements extrêmes.

We are so successful at being comfortable that comfort has become the enemy of our success [1]

Wim Hof

En 2014, à la suite d’une série d’expériences conduites sur l’homme de glace aux Pays Bas, la commu­nauté scientifique, valide la méthode Wim Hof1 . Il démontre lors de ces tests qu’il est capable, grâce à sa technique de respiration, d’influencer consciemment la manière dont son corps réagit à l’agression bactérienne, dans ce cas l’Escherichia coli ; et surtout, que quiconque, après quelques jours d’entraî­nement, peut en faire de même. Wim Hof a été capable, pour la première fois dans l’histoire sous les yeux de la science, de contrôler son système nerveux autonome et donc la réponse de son système immunitaire. Aujourd’hui nous comptons 8 études validées et publiées en 20122 , 20143 ; 4 ;5 , 20156 , 2018 7 , 20198 , 20209 .

Les bienfaits de l’exposition au froid

Activation du système immunitaire

Sous l’action du froid la production de globules blancs augmente10 , le rythme métabolique s’accélère et active le système immunitaire. Les lymphocytes T cytotoxiques et les lymphocytes NK (natural killer), régulateurs de l’immunité cellulaire, augmentent alors fortement11 .

Une étude démontre qu’une douche froide quotidienne consécutive sur 30 jours a diminué de 29 % les absences pour cause de maladie 12 .

Diminution de l’inflammation

La réponse au stress froid va solliciter la production d’une hormone, appelée noradrénaline, qui va entrainer l’augmentation des cytokines anti-inflammatoire et atténuer les concentrations des cytokines pro-inflammatoires et du facteur de nécrose tumorale (TNF-α).

La protéine inflammatoire TNF-α joue un rôle crucial dans les maladies articulaires telles que l’ar­thrite13 et la maladie de Crohn. Les patients souffrant d’arthrite signalent une réduction significative de la douleur en prenant simplement une douche froide de deux minutes chaque jour pendant une semaine14 .

Diminution du stress oxydatif

Des protéines appelées CSP (pour cold shock protein) vont être activées. Ces protéines chaperons ont un rôle dans le processus d’autophagie, elles permettent de recycler les protéines mal formées en protéines viables15 .Elles protègent également nos cellules du stress oxydatif en favorisant la neutrali­sation des radicaux libres.

L’exposition au froid aide à neutraliser les radicaux libres en augmentant la production de glutathion, un des plus puissants antioxydants endogènes du corps. Une étude faite sur des nageurs en eau froide démontre qu’un stress oxydatif répété génère un mécanisme de renforcement du corps par une aug­mentation du glutathion et une diminution de l’acide urique16 .

Amélioration de la sensibilité à l’insuline

Le froid augmente l’adiponectine, qui est une protéine qui aide à la régulation de la glycémie17 .

S’asseoir dans une pièce à 14˚C pendant 2 à 6 heures par jour pendant 10 jours améliore la sensibilité à l’insuline des diabétiques de type T2 de 43 %18 .

Amélioration du métabolisme avec les graisses brunes

Le froid active le tissu adipeux brun19 .Le froid est donc essentiel pour la production des graisses brunes qui permettent de modérer la baisse de notre température corporelle. Ce type de graisse permet de convertir l’énergie, glucose et graisses, directement en chaleur corporelle.

Les nouveau-nés ont une quantité relativement élevée de graisse brune, de sorte qu’en cas de besoin, ils peuvent récupérer leur perte de chaleur dans un temps relativement court. Après neuf mois, la quantité de tissu adipeux brun est drastiquement réduite et avec les années elle diminuerait de plus en plus. Cependant une quantité de graisse brune reste toujours présente20 , et ce tissu adipeux brun peut être activé par le froid21 .

Si nous avons perdu notre graisse brune au fil des années, c’est par sous-sollicitation de notre capacité adaptative au froid. Or, le froid va permettre de reconvertir la graisse blanche inerte en graisse brune. La noradrénaline va faire s’exprimer un gène qui va synthétiser une protéine appelée UCP1 (ou thermogénine), ce qui favorise le brunissement de la graisse blanche22 . Cette protéine augmente le nombre de mitochondries, qui sont nos petites usines de production d’énergie à l’intérieur de nos cellules, ainsi que le métabolisme de manière générale.

Plus on a de graisse brune, plus on a la capacité de brûler du tissu adipeux parce que notre métabo­lisme s’élève et nous produisons plus de chaleur et d’énergie. Nous augmentons ainsi la dépense éner­gétique et le taux métabolique23 .

L’exposition au froid stimule le métabolisme des lipides, brûle le tissu adipeux blanc et diminue les triglycérides24 . Avec l’augmentation du tissu adipeux brun, les graisses peuvent se dissoudre plus rapidement pour fournir de la chaleur au corps. Cela conduirait à une dimi­nution plus rapide du poids corporel et pourrait ainsi diminuer les cas d’obésité25 .

Amélioration de la santé mentale

L’exposition au froid active le système nerveux sympathique (mode combat ou fuite), ce qui augmente le taux sanguin de bêta-endorphine et la libération synaptique de noradrénaline dans le cerveau. De plus, en raison de la forte densité de récepteurs au froid sur la peau, une douche froide génère une quantité abondante d’impulsions électriques, des terminaisons nerveuses périphériques au cerveau, entraînant un effet antidépresseur 26 .

Pour bénéficier des bienfaits du froid, il est indispensable de respecter le principe de l’hormèse et de ne pas aller au-delà de notre capacité d’adaptation. Sans cela, la pratique devient délétère pour les organismes épuisés et/ou stressés. Cela nécessite d’être à l’écoute de ses besoins et de ses ressentis et de ne pas vouloir à tout prix une expérience « extrême ».

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Bonne expérience !

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Références

  1. Kox, Matthijs et al. “Voluntary activation of the sympathetic nervous system and attenuation of the innate immune response in humans.” Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America vol. 111,20 (2014): 7379-84. doi:10.1073 []
  2. Kox M, Stoffels M, Smeekens SP, van Alfen N, Gomes M, Eijsvogels TM, Hopman MT, van der Hoeven JG, Netea MG, Pickkers P. The influence of concentration/meditation on autonomic nervous system activity and the innate immune response: a case study. Psychosom Med. 2012 Jun;74(5):489-94. doi: 10.1097/PSY.0b013e3182583c6d. PMID: 22685240. []
  3. Kox, M et al. “0026. Voluntary activation of the sympathetic nervous system and attenuation of the innate immune response in humans.” Intensive Care Medicine Experimental vol. 2,Suppl 1 O2. 26 Sep. 2014, doi:10.1186/2197-425X-2-S1-O2 []
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  5. Vosselman MJ, Vijgen GH, Kingma BR, Brans B, van Marken Lichtenbelt WD. Frequent extreme cold exposure and brown fat and cold-induced thermogenesis: a study in a monozygotic twin. PLoS One. 2014 Jul 11;9(7):e101653. doi: 10.1371/journal.pone.0101653. PMID: 25014028; PMCID: PMC40 []
  6. van Middendorp H, Kox M, Pickkers P, Evers AW. The role of outcome expectancies for a training program consisting of meditation, breathing exercises, and cold exposure on the response to endotoxin administration: a proof-of-principle study. Clin Rheumatol. 2016 Apr;35(4):1081-5. doi: 10.1007/s10067-015-3009-8. Epub 2015 Jul 21. PMID: 26194270; PMCID: PMC4819555 []
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