hormese

La dose juste de stimuli nous renforce

Dans le principe de l’hormèse évoqué dans mon précédent article « la loi de l’hormèse » nous avons vu qu’un stimuli : stress ou toxine à une dose adaptée renforce l’organisme.

Cela est vrai et vérifiable qu’à condition que ce stimuli ne dépasse pas la capacité adaptative de l’individu à répondre à cette toxine ou à ce facteur de stress.

  • Si la dose est inadapté, alors l’individu épuise son capitale vital et s’épuise.
  • Si la dose est adapté alors la réaction du corps entraîne non seulement la réparation des dommages, mais surtout une meilleure adaptation résistance à ce même stress ou à cette toxine laissant le corps dans un meilleur état qu’auparavant.

Ainsi, selon le principe de l’hormèse une juste dose de stimuli permet de renforcer son corps :

Courbe biphasique hormèse

Courbe dose-réponse biphasique en forme de J ou U, d’après Papageorgiou et al.1

Cette découverte n’est pas nouvelle, cela fait déjà depuis plusieurs siècles que ce principe bouleverse les conventions des communautés médicales et scientifiques.

En fait, ce n’est seulement que depuis quelques années que ce principe suscite l’intérêt. Il commence tout juste à être accepté par une communauté de chercheurs grandissante.

Une dose d’agent stresseur est stimulatrice ou inhibitrice

La légende de Mithridate VI

Pour expliquer cela, nous pouvons citer en référence la sagesse de nos ancêtres cité par Nicholas Taleb dans son livre « Antifragile », avec particulièrement la légende de Mithridate VI, roi du Pont (Bosphore/nord de l’actuelle Turquie), au IIe siècle avant J.-C.

Son père ayant été empoisonné, Mithridate VI décide d’ingérer des petites doses de poison pour habituer son corps.

Et cela fonctionne, craignant d’être livré aux Romains, il décide de mettre lui-même fin à ses jours. Il tente alors de se suicider en absorbant du poison à haute dose sauf qu’il n’en meurt pas ! Il est alors obligé de demander l’aide d’un garde du corps, qui l’achève par l’épée…

Ce procédé, que l’on pourrait appeler « Mithridatisation » est célébré un siècle plus tard par un médecin naturaliste de la Rome antique nommé Aulus Cornelius Celsus. Ce génie de la médecine est l’auteur d’ouvrages remarquables dont le fabuleux traité de médecine « De Medicina libri octo  » qui récapitule toutes les connaissances accumulées depuis Hippocrate. La mithridatisation est donc l’exposition à une petite dose d’une substance, qui, avec le temps, rend immunisé contre une dose plus importante de cette substance.

Les découvertes scientifiques des pères de l’hormèse

Paracelse

Il y a 500 ans, Paracelse écrit sa phrase la plus célèbre :

« Tout est poison rien n’est poison : c’est la dose qui fait le poison »

Theophrastus Bombastus von Hohenheim dit Paracelse, est un médecin, philosophe et alchimiste, né en 1493 près d’Einsiedeln, en Suisse. Père fondateur de la toxicologie, il jette les bases de la pharmacologie moderne en s’interrogeant sur l’effet des minéraux et des plantes sur le corps humain.

Selon lui, pratiquement toute substance, si suffisamment dosée, pourrait être utilisée comme un poison. Et de très nombreuses substances, si elles sont correctement et plus faiblement dosées, peuvent également agir de manière préventive ou thérapeutique, contre les symptômes et les maux que cette substance aurait déclenchés à une dose plus élevée. La dose ne fait pas seulement le poison, mais aussi le remède.

Hugo Schulz

Hugo Schulz est un toxicologue qui travaille dans l’une des plus prestigieuses universités du Reich allemand à la fin du 19ème siècle. Dans son laboratoire, il étudie notamment la toxicité de plusieurs désinfectants et leur influence sur le développement de levures.

Schulz s’attend à trouver les taux de fermentation les plus élevés avec une concentration nulle de désinfectant. Mais il observe quelque chose de différent. Au point zéro, la levure se développe assez bien, mais après avoir ajouté des petites quantités de poison, elle se développe encore mieux.

Ainsi, l’augmentation des concentrations de poison ne tue pas les levures de manière croissante, mais les stimule. Ce n’est que lorsque des quantités significativement plus élevées de désinfectant sont ajoutées que les levures fermentent de moins en moins et finissent par mourir.

Schulz conclut que de petites doses d’une substance en principe nocive, ne sont pas seulement inoffensives, elles sont même utiles, voire stimulantes.

Il s’intéresse également à une substance homéopathique appelée vératrine, un alcaloïde toxique utilisé pour traiter des patients atteints de gastro-entérite.

Il conclura que la vératrine guérit les malades souffrant de gastro-entérite en renforçant leur capacité à résister à l’infection, et non en tuant la bactérie responsable de la maladie. Schulz base cette conclusion sur les résultats obtenus avec les levures, stimulées par de faibles doses de poison.

Ainsi, Schulz crée la controverse car il utilise ces résultats pour proposer une explication au principe de l’homéopathie. Il se heurte à l’hostilité de la communauté scientifique et il sera rapidement marginalisé et ridiculisé. En effet, l’homéopathie est en conflit politique avec la médecine qu’on appellera plus tard « conventionnelle », et ses recherches suscitent plus de mépris que d’intérêt.

Kahlenberg et Copeland

À la fin du 19ème siècle, Kahlenberg et Copeland, deux botanistes travaillant à l’université du Wisconsin sont les premiers à observer que des substances, tuant les plantes à forte concentration, stimulent en fait leur croissance à faible concentration.

En laboratoire, ils arrosent des lupins blancs (Lupinus albus) avec des solutions présentant de faibles concentrations de différents sels (bore, plomb, cuivre, cobalt, tungstène, etc.). Ils mesurent ensuite les changements dans la circonférence des racines2. Certaines substances ont un effet particulièrement stimulant, les plantes réagissent systématiquement aux faibles doses par une poussée de croissance nettement plus forte que dans les expériences de contrôle.

Anneliese Niethammer

Une autre botaniste, Anneliese Niethammer (1901-1983), première femme nommée à une chaire à l’université de Stuttgart, observe qu’il faut souvent plusieurs heures, voire plusieurs jours, avant qu’un stimulus toxique n’entraîne une réaction d’adaptation mesurable.

Schulz avait d’ailleurs remarqué la même chose. Aujourd’hui nous savons pourquoi : un organisme qui n’est pas encore habitué à de tels stimuli a d’abord besoin de temps pour activer les gènes correspondants et produire des molécules de défense efficaces.

Edward Calabrese

Plus tard, un jeune étudiant au State College de Bridgewater nommé Edward Calabrese réalise une expérimentation classique de botanique qui consiste à donner aux plantes une substance inhibitrice de croissance, et observer que leur croissance s’en trouve inhibée.

Cependant cette fois-ci, dans le groupe de Calabrese, quelque chose d’inattendu se produit : la phosphone, un inhibiteur de croissance, stimule la croissance de la menthe. L’étudiant veut comprendre ce qui a mal tourné. Ainsi l’inhibiteur de croissance a été dilué dix fois plus que ce qui était spécifié dans les instructions. Dans cette concentration, il a eu l’effet totalement opposé, à savoir celui d’un stimulateur de croissance.

Une bonne quarantaine d’années plus tard, l’étudiant de l’époque devient professeur et toxicologue de renom. Aujourd’hui, la liste de ses publications comprend quelques centaines d’articles. Beaucoup d’entre elles traitent de variantes de l’expérience du cours de botanique : un produit dont l’effet est connu a un effet complètement différent et opposé lorsque la dose est réduite. Ainsi, les inhibiteurs de croissance deviennent des accélérateurs de croissance, les poisons deviennent thérapeutiques.

Pendant longtemps, ce scientifique a reçu beaucoup de critiques et a été considéré comme un outsider. Il a du supporter des reproches venant de toutes parts. Aujourd’hui proche des 70 ans, ses collègues, autrefois très critiques, se rallient à lui. Ils reprennent ses expériences et les poursuivent. Son nom est le premier mentionné lorsqu’il est question de recherche sur l’hormèse, il a reçu des prix très prestigieux, comme notamment le prix Marie Curie en 2009.

  1. Papageorgiou C, Stamatopoulos VG, Samaras C, Statharakos N, Papageorgiou E, Dzhambazova E. Hormesis-like benefits of physical exercises due to increased reactive oxygen species. 2016 []
  2. Copeland, E. B., Kahlenberg, L. (1899) The influence of the presence of pure metals upon plants. Wisconsin Academy of Sciences, Arts and Letters; 12: 454 ± 474. []

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