Comprendre les maladies de civilisation

Il faut éveiller l’homme primitif qui dort en nous. Devenu esclave du monde moderne, l’homme d’aujourd’hui dépend totalement de la médecine alors qu’il possède en lui toutes les capacités de se prémunir contre les maladies.

Maurice Daubard

Une vague d’obésité, de maladies chroniques et d’infirmités évitables est en train de déferler sur le globe. Ces maladies évitables sont attestés depuis très longtemps, mais beaucoup sont nouvelles ou ont atteint récemment une prévalence et une intensité explosives.

Définition des maladies de civilisation

Les maladies dites « de civilisation » sont définies comme des maladies liées à la façon dont les gens vivent leur vie. Appelées aussi maladies non infectieuses ou maladies non transmissibles (MNT), car elles ne se transmettent pas d’une personne à une autre.

On distingue 4 grands groupes de maladie :

  • les maladies cardio-vasculaires : hypertension, AVC, athérosclérose, etc.
  • les maladies métaboliques : diabète, surpoids et obésité, résistance à l’insuline, syndrome métabolique, stéatose hépatique.
  • les maladies auto-immunes et de I’immunité : maladie de crohn, RCH, sclérose en plaque, allergies de toutes sortes, etc.
  • les maladies dégénératives et cognitives : cancer, alzheimer, parkinson, dépression, etc.

A cela s’ajoute des douzaines de troubles de civilisation plus ou moins handicapants comme la fatigue chronique, l’arthrose, l’ostéoporose, les caries dentaires, la constipation chronique mais aussi les maladies mentales, telles que l’anxiété et les troubles dépressifs 1.

Selon les données de l’OMS, ces maladies de civilisation sont responsables de 35 millions à 52 millions de décès annuels dans le monde2. Et malgré les avancées modernes de la médecine et les traitements proposés, ces maladies ne cessent de grimper de façon exponentielles depuis le début de l’agriculture il y 12.000 ans, et encore plus depuis l’ère industrielle de ces cinquante dernières années.

L’origine des maladies de civilisation

Les maladies de civilisation sont apparues depuis que l’homme a délaissé son mode de vie nomade pour se sédentariser au profit de l’agriculture.

L’ensemble des données des paléo-anthropologues s’accordent pour dire que ces maladies étaient inexistantes au paléolithique.

Si les chasseurs-cueilleurs ne mourraient pas en couche, d’une maladie infectieuse ou d’un accident, ils vivaient assez longtemps et en bien meilleure santé. Les hommes étaient aussi robustes, ils mesuraient pour la plupart plus de 1m80 et leur cerveau était 20% plus développé que celui de l’homme moderne.

A l’opposé beaucoup de squelettes de la révolution agricole témoigne d’une dégénérescence pour la première fois dans l’histoire de l’humanité :

  • traces d’anémie ferriprive,
  • rachitisme,
  • ostéoporose,
  • arthrose,
  • caries dentaires,
  • pieds plats,
  • etc,

C’est aussi à cette période que les premiers cas de maladie métaboliques, d’obésité et de diabète apparaissent 4000 ans avant JC en Chine où le diabète a été mentionné pour la première fois.

Les causes des maladies de civilisation

Ces maladies sont causées par 2 phénomènes particuliers et inconnus jusqu’alors dans l’histoire humaine :

  • Une inadéquation forte entre notre génétique qui a peu changé depuis le paléolithique et l’environnement moderne qui a été boulversé depuis la révolution agricole.
  • Un mode de vie confortable et abondant qui atrophie les fonctions de notre organisme.

L’inadéquation de l’homme avec l’écosystème

Depuis que le premier genre homo apparue il y a 2,6 millions d’année, la sélection naturelle a su favoriser les critères les plus adaptés pour la survie et la reproduction. Il a fallu des milliers d’années pour que l’homme développe les premiers outils pour sa survie sans jamais modifier radicalement son eco-système. Or depuis la révolution agricole, le progrès technologique et le développement culturel qui en découle a été si colossal qu’il a boulversé notre environnement.

Nous pouvons tous admettre que toutes les formes de « progrès »  depuis environ 10.000 ans nous ont été en apparence profitable. La sédentarisation a permis la naissance de grandes civilisations grâce auquel notre espèce a pu se developper abondamment sur la planète.

Evolution humaine depuis la révolution agricole

L’évolution de la population mondiale depuis 10.000 ans, depuis a sédentarisation d’Homo sapiens. À cette échelle, la récente explosion démographique semble faire tendre la population mondiale vers l’infini. © Max Roser, Our World in Data

On voit dans cette courbe l’expansion vertigineuse qu’à connu l’espèce humaine, celle-ci lui a permis d’accomplir des progrès considérables en quelques milliers d’années.

En moins de 200 ans, notre mode de vie a bien plus évolué que ces dix mille dernières années et le changement de ces dix milles dernières années a été aussi important que l’évolution des 2 millions d’années précédentes.

Au fil du temps, la sélection naturelle adapte les organismes à des conditions environnementales particulières. Cependant, pour la première fois de l’humanité l’évolution culturelle est devenue une force plus puissante que la sélection naturelle.

Dans son livre « L’histoire du corps humain – Evolution, dysévolution et nouvelles maladies », l’auteur David A. Lieberman donne l’exemple du zèbre qui est adapté en vue de marcher et courir dans la savane africaine, de manger de l’herbe, d’échapper aux lions à la course, de résister à certaines maladies et d’affronter un climat chaud et aride. Si ce zèbre était transporté par exemple dans les Pyrénées, il n’aurait plus à craindre les lions mais aurait d’autres problèmes : il aurait du mal à trouver la même herbe pour s’alimenter, à conserver sa chaleur en hiver et à résister à un nouvel ensemble de maladies. Sans aide extérieure, ce zèbre transplanté tomberait presque certainement malade et périrait parce qu’il serait très mal adapté au changement rapide d’environnement.

Malgré les progrès technologiques réalisés depuis le paléolithique, nous sommes à certains égards comme ce zèbre. Avec l’accélération de l’innovation, nous avons élaboré ou adopté une liste toujours plus longue de pratiques culturelles nouvelles qui ont eu des effets contradictoires sur notre corps.

D’un côté, de nombreux développements relativement récents ont été bénéfiques : l’agriculture a augmenté les ressources alimentaires ; l’assainissement, les systèmes sanitaires modernes et la médecine scientifique ont abaissé la mortalité infantile et augmenté la longévité.

D’un autre côté, de nombreux changements culturels ont modifié les interactions entre nos gènes et notre environnement, tant et si bien qu’ils ont contribué à une large gamme de problèmes de santé de plus en plus désastreux dans notre monde d’aujourd’hui.

Ces maladies de civilisation sont en réalité des « maladies de l’inadéquation », résultant du fait que notre corps paléolithique est médiocrement adapté à certains comportements et conditions modernes.

Pour citer quelques inadéquations, prenons par exemple la lumière bleue de nos écrans ou des leds qui empêche la synthèse de la mélatonine (hormone du sommeil) et nous rend insomniaque, l’excès de stress chronique qui détruit entre autre notre barrière intestinale ou bien le sucre dont notre corps ne sait gérer les excès et le stock dans nos tissus adipeux, etc.

On estime qu’il faut près de 40.000 ans pour que l’homme puisse s’adapter génétiquement à de faibles changements de son écosystème. Vous pouvez ainsi imaginez le choc pour notre génétique que peuvent représenter les modifications de notre hygiène de vie moderne à l’échelle de notre évolution.

Il est difficile de nier l’importance de cette révolution culturelle pour l’histoire du corps humain. Car ce phénomène soudain a radicalement modifié ce que nous mangeons, la manière dont nous travaillons, dormons, régulons notre température corporelle, interagissons et même déféquons. Et si ces changements dans notre environnement ont déclenché un peu de sélection naturelle, ils ont surtout interagi avec le corps dont nous avons hérité aujourd’hui

L’excès d’abondance et de sédentarité

Grâce au « progrès », on peux s’éveiller dans un lit moelleux et confortable, ouvrir le frigo pour préparer facilement son petit-déjeuner, aller travailler en voiture, prendre l’ascenseur, et ensuite passer huit heures assis dans un fauteuil confortable sans transpirer, ni avoir faim, ni avoir trop froid ni trop chaud. Des machines accomplissent maintenant presque toutes les tâches qui exigeaient jadis un effort physique : aller chercher de l’eau, laver les vêtements et la vaisselle, acquérir et préparer des aliments, voyager, et même se brosser les dents.

En comparaison avec ancêtres du paléolithique, leur mode de vie a été radicalement différent. Ils vivaient dans des petits groupes nomades de moins de cinquante individus en se déplaçant régulièrement d’un campement à un autre. Ils assuraient leur subsistance par la pêche et à la chasse et la cueillette de plante et tubercule. Leur quotidien était incertain, entre périodes d’abondance et de jeûne. Ils devaient faire face à des dangers de toute sorte : animaux féroces, grand froid, guerre de tribu…etc. Une juste dose de stress permettait d’assurer leur survie en combattant ou en fuyant. Ils pratiquaient l’exercice par des mouvements naturels tels que marcher, sauter, grimper, creuser …etc.  puis des temps de repos.

Ainsi, ils étaient soumis au condition de leur environnement et devait s’adapter aux lois naturelles auxquels ils étaient contraint. Les stimulations suscitées par la pression évolutive renforçaient leur organisme ce qui a permis le développement physique et cognitif de l’homme moderne.

Or, aujourd’hui nous sommes très peu sollicités par notre environnement. Nous avons remplacé ces stimulations par le journal de 20 heures, l’alcool, la cigarette ou un muffin au chocolat !

Notre hygiène de vie a radicalement changé, trop éloignée du mode de vie originel et de ses stimulations inéluctablement indispensable à notre développement.

Ce constat est frappant quand on sait que plus de la moitié des décès dans notre pays est due à des maladies liées à l’abondance et à l’excès de sédentarité.

Un des marqueurs les plus significatif qui caractérise ce phénomène est ce que l’on nomme la résistance à l’insuline. Ce phénomène mesurable est à l’origine de toutes les maladies métaboliques (diabète, surpoids, stéatose hépatique) mais est aussi un facteur important des maladies cardio-vasculaires et neuro-dégénératives, voir même probablement de la majorité des maladies de civilisation. Et comment apparait la résistance à l’insuline ?

  • Par la diète occidentale et son abondance de glucide,
  • Par le manque d’activité physique qui ne permet pas de brûler l’excès de glucose,
  • Par le stress de l’inadéquation avec notre environnement qui dérégule notre glycémie (excès de cortisol) et notre rythme circadien.

Mes conseils pour se prémunir des maladies de civilisations

En étant réaliste, je ne me vois pas mener une existence de transcendaliste au milieu des bois, ou encore moins de jouer les hommes des cavernes et de me priver d’hôpitaux ou de l’abondance d’aliments dans le magasin en bas de chez moi.

Sans être radical nous pouvons agir sur nos comportements et notre hygiène de vie qui provoquent ces maladies de civilisation dont les ingrédients sont les suivants :

  • Une alimentation transformée, sans densité nutritive, à majorité de glucide,
  • la sédentarité, le désir de trop de confort,
  • la perte de stimulation saine de notre environnement,
  • la nocivité des technologies (lumière artificielle, ondes, perturbateurs endocriniens, chimie, etc.),
  • le stress d’une vie déshumanisée et des rythmes de vie désynchronisés,
  • le sommeil et le repos de mauvaise qualité,
  • la perte de contact avec les éléments naturels vitalisants,

En comprenant ceux pour quoi nous sommes fait, nous avons la possibilité de ressentir le devenir de notre espèce et d’influencer très probablement sur notre éco-système pour ralentir en conséquence son déclin.

Si vous avez suivi mon raisonnement, vous comprendrez que la réversibilité des maladies de civilisations consiste à se rapprocher autant que possible de l’hygiène de vie de nos ancêtres (voir mon article : la santé de nos origines) en l’adaptant à notre constitution et à la société d’aujourd’hui.

Retrouver du bon sens dans notre quotidien n’est pas insurmontable car écrit dans nos gènes, en voici quelques principes :

  • une alimentation brute, riche en graisse et en densité nutritive, faible en glucide,
  • des mouvements quotidiens,
  • un alignement à nos rythmes circadiens (rythme naturel necessaire à la régulation de nos hormones gérant stress et sommeil),
  • une gestion du stress améliorée le repos, la relaxation et la gestion des émotions,
  • une pratique bienfaite de l’hormèse pour stimuler notre génétique,

La seule condition fondamentale est la capacité de chacun à changer de paradigme, autrement dit de remettre en cause certaines de nos croyances nocives de notre monde moderne.

Ne jouirions-nous pas d’une meilleure santé si nous mangions les aliments à la consommation desquels l’évolution nous a adaptés et stimulions nos capacités tels nos lointains ancêtres ?

Les partisans de cette conception d’une vie saine, dont je fais partie, prétendent qu’on serait en meilleure santé et plus heureux si on considérait davantage ceux pour quoi nous sommes physiologiquement adapté.

Je vous invite à cela, à cette découverte à la lumière de vos ressentis.

Références :

  1. McGuire, M.T. & A. Troisi (1998), Darwinian Psychiatry, Oxford : Oxford University Press ; v. aussi Baron-Cohen, S., ed. (2012), The Maladapted Mind : Classic Readings in Evolutionary Psychopathology, Hove, Sussex : Psychology Press ; Mattson, M.P. (2012), « Energy intake and exercise as determinants of brain health and vulnerability to injury and disease », Cell Metabolism 16 : 706-22. []
  2. Di Cesare M, Khang YH, Asaria P, Blakely T, Cowan MJ, Farzadfar F, Guerrero R, Ikeda N, Kyobutungi C, Msyamboza KP, Oum S, Lynch JW, Marmot MG, Ezzati M; Lancet NCD Action Group. Inequalities in non-communicable diseases and effective responses. Lancet. 2013 Feb 16;381(9866):585-97. doi: 10.1016/S0140-6736(12)61851-0. Epub 2013 Feb 12. PMID: 23410608. []

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